Il y a eu un temps oĂč jâai refusĂ© la lecture.
Pas par dĂ©sintĂ©rĂȘt.
Pas par paresse.
Mais par instinct de survie intérieure.
Adolescent, je regardais mes amis devenir âcultivĂ©sâ.
Ils citaient des auteurs.
Ils pensaient Ă travers des phrases qui nâĂ©taient pas les leurs.
Ils semblaient gagner en intelligence,
mais perdre quelque chose dâinvisible.
Je ne savais pas le formuler,
mais une image me guidait :
Un arbre ne peut donner des fruits
sâil nâa pas laissĂ© grandir son tronc.
Je sentais que je devais dâabord vivre.
Toucher le réel.
Me confronter Ă lâexpĂ©rience.
Faire pousser le bois avant de chercher les fruits.
Mon traumatisme dâenfant mâavait dĂ©jĂ appris
que la ânormalitĂ©â proposĂ©e par le monde
nâĂ©tait pas toujours juste.
Alors jâai dĂ©veloppĂ© une boussole intĂ©rieure.
Silencieuse.
Solitaire.
Instinctive.
Un jour, en cours de français,
jâai rendu un commentaire de texte avec une seule phrase :
âLa lecture est lâabĂȘtissement de lâHomme.â
Provocation ?
Peut-ĂȘtre.
Mais surtout cri intérieur.
La professeure ne mâa pas humiliĂ©.
Elle mâa convoquĂ© Ă la fin du cours.
Et elle mâa dit quâelle comprenait.
Elle mâa proposĂ© de lire un livre.
Un livre issu dâenseignements oraux.
Une parole vivante devenue trace écrite.
Je lâai lu comme je faisais tout :
au hasard.
En ouvrant des pages.
En sautant des passages.
En recomposant lâordre.
Je ne suivais pas la ligne dâun auteur.
Je cherchais une résonance.
Puis vint 2001.
Les Soirées du Sourire.
Les Ateliers du Soleil.
Au cĆur de lâexposition,
jâai installĂ© un petit coin librairie.
Des livres ésotériques.
Mystiques.
Ouverts Ă dâautres rĂ©alitĂ©s.
Je ne les avais pas lus.
Je les avais choisis Ă lâinstinct.
Une couverture.
Un résumé.
Une sensation.
Je me laissais guider par une vibration.
Ce geste est venu avant lâĂ©criture automatique
des lignes de la Révolution du Sourire.
Il était déjà là .
Comme une évidence.
Je voulais inclure les énergies spirituelles
dans les ateliers.
Pas comme dogme.
Pas comme vérité.
Mais comme présence.
Ce petit espace nâĂ©tait pas une bibliothĂšque.
CâĂ©tait un seuil.
Un lieu oĂč lâinvisible pouvait ĂȘtre accueilli
sans ĂȘtre enfermĂ©.
Et il y avait, en arriĂšre-plan,
mon rapport Ă la mort.
Depuis toujours,
je disais que la mort nâĂ©tait pas une fin.
Quâelle Ă©tait une amie.
Quâelle mâappellerait quand ce serait le moment.
Pas avant.
Quand mon pĂšre est parti,
jâai ressenti exactement ce que jâavais imaginĂ©.
Il nâĂ©tait pas absent.
Juste dans la piĂšce dâĂ cĂŽtĂ©.
Cette expĂ©rience nâĂ©tait pas une croyance.
CâĂ©tait une sensation.
Une continuité.
Peut-ĂȘtre que le coin librairie
Ă©tait dĂ©jĂ une façon dâhonorer cela.
Dâouvrir un espace
oĂč le visible et lâinvisible cohabitent.
Aujourdâhui, en regardant le D#CS,
je vois la cohérence.
Le compostage.
La reliance.
La symbiose des intelligences.
La transmission non dogmatique.
La pluralité des chemins.
Tout cela nâest pas nĂ© dâune stratĂ©gie.
Câest la tentative dâĂȘtre fidĂšle
à ce que le petit moi ressentait déjà .
Ne pas imposer une vérité.
Mais transmettre une vibration.
Ne pas figer.
Mais relier.
Ne pas remplacer lâexpĂ©rience par le discours.
Mais permettre aux deux de dialoguer.
Le D#CS nâest peut-ĂȘtre, au fond,
quâun arbre qui a acceptĂ© de grandir lentement.
Un tronc qui sâest fortifiĂ© par lâexpĂ©rience.
Et un jour,
sans forcer,
les fruits sont apparus.

