🌿 De l’arbre sans fruits au coin librairie

Il y a eu un temps oĂč j’ai refusĂ© la lecture.

Pas par dĂ©sintĂ©rĂȘt.
Pas par paresse.
Mais par instinct de survie intérieure.

Adolescent, je regardais mes amis devenir “cultivĂ©s”.
Ils citaient des auteurs.
Ils pensaient Ă  travers des phrases qui n’étaient pas les leurs.
Ils semblaient gagner en intelligence,
mais perdre quelque chose d’invisible.

Je ne savais pas le formuler,
mais une image me guidait :

Un arbre ne peut donner des fruits
s’il n’a pas laissĂ© grandir son tronc.

Je sentais que je devais d’abord vivre.
Toucher le réel.
Me confronter Ă  l’expĂ©rience.
Faire pousser le bois avant de chercher les fruits.

Mon traumatisme d’enfant m’avait dĂ©jĂ  appris
que la “normalitĂ©â€ proposĂ©e par le monde
n’était pas toujours juste.
Alors j’ai dĂ©veloppĂ© une boussole intĂ©rieure.
Silencieuse.
Solitaire.
Instinctive.

Un jour, en cours de français,
j’ai rendu un commentaire de texte avec une seule phrase :

“La lecture est l’abĂȘtissement de l’Homme.”

Provocation ?
Peut-ĂȘtre.
Mais surtout cri intérieur.

La professeure ne m’a pas humiliĂ©.
Elle m’a convoquĂ© Ă  la fin du cours.
Et elle m’a dit qu’elle comprenait.

Elle m’a proposĂ© de lire un livre.
Un livre issu d’enseignements oraux.
Une parole vivante devenue trace écrite.

Je l’ai lu comme je faisais tout :
au hasard.
En ouvrant des pages.
En sautant des passages.
En recomposant l’ordre.

Je ne suivais pas la ligne d’un auteur.
Je cherchais une résonance.


Puis vint 2001.

Les Soirées du Sourire.
Les Ateliers du Soleil.

Au cƓur de l’exposition,
j’ai installĂ© un petit coin librairie.

Des livres ésotériques.
Mystiques.
Ouverts Ă  d’autres rĂ©alitĂ©s.

Je ne les avais pas lus.

Je les avais choisis à l’instinct.
Une couverture.
Un résumé.
Une sensation.

Je me laissais guider par une vibration.

Ce geste est venu avant l’écriture automatique
des lignes de la Révolution du Sourire.

Il était déjà là.
Comme une évidence.

Je voulais inclure les énergies spirituelles
dans les ateliers.
Pas comme dogme.
Pas comme vérité.
Mais comme présence.

Ce petit espace n’était pas une bibliothĂšque.
C’était un seuil.

Un lieu oĂč l’invisible pouvait ĂȘtre accueilli
sans ĂȘtre enfermĂ©.


Et il y avait, en arriĂšre-plan,
mon rapport Ă  la mort.

Depuis toujours,
je disais que la mort n’était pas une fin.
Qu’elle Ă©tait une amie.
Qu’elle m’appellerait quand ce serait le moment.
Pas avant.

Quand mon pĂšre est parti,
j’ai ressenti exactement ce que j’avais imaginĂ©.

Il n’était pas absent.
Juste dans la piĂšce d’à cĂŽtĂ©.

Cette expĂ©rience n’était pas une croyance.
C’était une sensation.
Une continuité.

Peut-ĂȘtre que le coin librairie
Ă©tait dĂ©jĂ  une façon d’honorer cela.
D’ouvrir un espace
oĂč le visible et l’invisible cohabitent.


Aujourd’hui, en regardant le D#CS,
je vois la cohérence.

Le compostage.
La reliance.
La symbiose des intelligences.
La transmission non dogmatique.
La pluralité des chemins.

Tout cela n’est pas nĂ© d’une stratĂ©gie.

C’est la tentative d’ĂȘtre fidĂšle
à ce que le petit moi ressentait déjà.

Ne pas imposer une vérité.
Mais transmettre une vibration.

Ne pas figer.
Mais relier.

Ne pas remplacer l’expĂ©rience par le discours.
Mais permettre aux deux de dialoguer.


Le D#CS n’est peut-ĂȘtre, au fond,
qu’un arbre qui a acceptĂ© de grandir lentement.

Un tronc qui s’est fortifiĂ© par l’expĂ©rience.

Et un jour,
sans forcer,
les fruits sont apparus.